Histoire de la guerre de communication et des réseaux sociaux

La propagande et la guerre de communication sont des facteurs essentiels et des armes pour la géopolitique mondiale. Elles prennent réellement du sens au XXe siècle avec les deux guerres mondiales et la guerre froide. Mais au début du XXIe siècle, l’apparition des réseaux sociaux changent la donne. Revenons sur l’histoire de l’infoguerre avant et après les réseaux sociaux.

La guerre de communication et la propagande, existent déjà depuis longtemps, mais prennent réellement du sens au XXe siècle.  
Cela est dû à plusieurs facteurs : 

  • Premièrement, la mise en place de démocraties au fil du siècle, ce qui oblige à convaincre l’opinion publique 
  • Deuxièmement, à cause de l’obligation de convaincre les populations, la propagande de guerre afin de justifier la mobilisation de soldats 
  • Et finalement, presque le facteur le plus important, l’émergence de médias de masse. 
     

Ces médias de masse sont la presse, déjà présente au XIXe siècle, suivie de la radio au XXe siècle et de la télévision, principalement dans la deuxième moitié du XXe siècle. Finalement, avec l’arrivée d’internet et enfin des réseaux sociaux au début de ce siècle, la diffusion d’images, de vidéos et de points de vue est rendue accessible à une grande partie de la population. Ces médias de masses et encore plus les réseaux sociaux changent les rapports entre gouvernants et gouvernés. 

La propagande désigne l’ensemble des méthodes destinées à diffuser une idée et à y faire adhérer la plus grande partie possible de la population. La guerre de l’information et de la communication désigne quant à elle l’ensemble des méthodes destinées à déstabiliser et décrédibiliser un adversaire par l’information (qu’elle soit vraie ou fausse, manipulée ou non manipulée). 

Pendant les deux guerres mondiales, par exemple, la propagande a été mis en place dans chaque pays belligérant afin de garder le moral des troupes et des civils. Peu avant la seconde guerre mondiale, la France se dote d’un ministère de la propagande, qui change de nom après la guerre et est définitivement aboli en 1974.  
L’impact de la guerre de l’information, aussi appelée infoguerre, sur la « vraie » guerre est mise en évidence par la guerre du Viêt-Nam (1955-1975). L’armée américaine intervient et tente, dans un premier temps, de contrôler l’information. Cependant, après de multiples reportages de journalistes de guerre montrant la barbarie de la guerre et le nombre de soldats américains morts, ce qui va à l’encontre du discours officiel, le gouvernement ne réussit plus à mobiliser l’opinion publique en faveur de la guerre. En outre, les Pentagon Papers, documents internes qui sont dévoilés dans le New York Times et le Washington Post font basculer l’opinion publique. Les manifestations contre la guerre se mulitplient et les États-Unis doivent finalement quitter le Viêt-Nam.La perte de la guerre de communication par les USA a conduit à la perte du soutien de la population et finalement à la perte de la guerre. Ainsi, la communication devient primordiale pour communiquer avec la population et légitimiser des prises de décision à la fois nationales qu’internationales. 


Les réseaux sociaux vont constituer une nouvelle étape cruciale dans la guerre de communication aux enjeux géopolitiques. On considère la plupart du temps SixDegrees.com, mis en ligne en 1997 (3.5 millions à son apogée)comme le premier réseau social. C’est au début du XXIe siècle que se développent de nombreux réseaux sociaux. En 2002 sort LinkedIn (23 millions d’utilisateurs), ensuite MySpace en 2003, suivi par les réseaux sociaux qui sont encore massivement utilisés aujourd’hui. En 2004 sort Facebook (2.912 en 2021), suivi de YouTube (2 milliards) en 2005, de Twitter (186 millions en 2020) en 2006 et d’Instagram (1.47 milliards) en 2010. Viennent finalement Snapchat (500 millions) en 2011 et plus récemment musical.ly (devenu TikTok avec 800 millions d’utilisateurs en 2020) en 2016.


Cependant, les hommes et femmes politiques essayent et ont, pour certains, réussi avec brio à s’adapter aux codes des médias et réseaux sociaux. Cela se fait par l’utilisation d’un vocabulaire neutre comme « différend », « crise », « intervention » au lieu de « guerre ». Les États diabolisent l’ennemi et le présentent comme seul responsable d’une guerre, à l’origine de la barbarie et l’accusent de crimes de guerre. À l’inverse, l’État affirme que lui et son armée défendent des intérêts « nobles et légitimes », et mènent une guerre « propre ». Tout cela peut se voir actuellement avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le Kremlin qualifie ses actes « d’intervention militaire spéciale », affirme que l’Ukraine est devenue un état « néo-nazi » et que la Russie souhaite seulement aider les Pro-Russes à défendre leurs intérêts. 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la plupart des spécialistes attribuent aujourd’hui sur le plan de la communication la victoire à l’Ukraine, notamment grâce aux réseaux sociaux. Ainsi, Asma Mhalla, enseignante à Sciences Po Paris, spécialiste des enjeux géopolitiques de l’économie numérique affirme : « À court terme, l’Ukraine a gagné puisqu’elle a remporté un enjeu déterminant : l’opinion publique occidentale ».  Ainsi, la Russie et Vladimir Poutine ont gardé une communication froide et éloignée du peuple. Volodymyr Zelensky cependant, a su utiliser les réseaux sociaux afin de créer une communication plus « vraie » et plus proche du peuple. Ainsi, il partage des vidéos de lui sur le terrain à Kiev. Aidé par des influenceurs, sa communication semble donc plus réelle et moins froide que celle de Vladimir Poutine.  
Les réseaux sociaux deviennent donc une nouvelle arme géopolitique sur le plan de la communication et peuvent peut-être même faire basculer une guerre.

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